Wall Street a passé la semaine à se disputer avec une bonne nouvelle. Le rapport sur l'emploi américain publié vendredi a montré 162 000 créations de postes en août, trois fois plus qu'attendu, le genre de chiffre qui devrait réjouir les marchés. Il a plutôt affaibli l'espoir d'une Réserve fédérale, la banque centrale américaine, encore prête à baisser ses taux. La reprise des combats entre les États-Unis et l'Iran, dans leur septième mois, a fait grimper le pétrole.
Actions. Le S&P 500, l'indice des 500 plus grandes sociétés cotées américaines, a fini la semaine quasi stable, en hausse de 0,1 %, tandis que le Dow Jones a reculé de 0,3 %. Le Nasdaq a progressé de 0,4 %, porté par les valeurs pétrolières. En Europe, le STOXX 600 a cédé 0,9 % et le DAX allemand environ 2 %, sous l'effet de la hausse des coûts d'emprunt. Le Nikkei 225 a gagné 1,3 % et le Hang Seng de Hong Kong 1,7 %, portés par les achats technologiques.
Ce que cela signifie. Un marché qui bouge à peine malgré un rapport trois fois supérieur aux attentes reflète un arbitrage suivi par les investisseurs depuis des mois : des taux plus bas soutiennent les actions, et un marché du travail trop solide rend ces baisses moins probables. La bonne nouvelle a été lue comme un motif de prudence, pas de fête.
Taux et crédit. Les rendements obligataires, ce que paient les gouvernements pour emprunter, ont grimpé sur les marchés développés. Le taux américain à 10 ans s'est rapproché de 4,78 %. Le Bund allemand a frôlé un plus haut de 15 ans, près de 3,40 %, et l'OAT française a touché des niveaux plus vus depuis 2008, au-dessus de 4,20 %, les investisseurs exigeant une prime face aux doutes budgétaires français. Le crédit d'entreprise, lui, est resté calme, sa prime de risque se maintenant près de 78 points de base.
Ce que cela signifie. Une hausse des rendements souverains traduit une économie qui tourne fort, une exigence accrue pour détenir de la dette publique, ou les deux, ici aggravée par les doutes sur le budget français. Que la dette d'État se vende pendant que le crédit d'entreprise reste calme est utile à savoir : les investisseurs ne doutent pas des sociétés, seulement des besoins d'emprunt des gouvernements.
Devises. Le dollar s'est renforcé après les chiffres de vendredi, ramenant l'euro vers 1,1585 dollar, contre un plus haut proche de 1,1640 en début de semaine. Le yen a fait exception, bondissant de plus de 2 % à son meilleur niveau en un mois, la Banque du Japon ayant laissé entendre qu'elle pourrait relever ses taux, tandis que la livre sterling et le franc suisse sont restés stables.
Ce que cela signifie. Les devises réagissent surtout aux anticipations de taux, des taux plus élevés attirant les capitaux en quête de meilleurs rendements. La vigueur du dollar reprend, en version monétaire, l'histoire des actions et des obligations. Le yen évolue à contre-courant : la Banque du Japon normalise sa politique après des années de taux proches de zéro.
Matières premières. Le brut a gagné près de 8 % pour clôturer autour de 96 USD le baril, et le WTI américain a bondi de près de 10 % vers 91 USD, sur fond de reprise des frappes entre Washington et Téhéran et de craintes pour le trafic pétrolier au Moyen-Orient. L'or a touché de nouveaux sommets au-dessus de 4 500 USD l'once avant de reculer d'environ 2 % vendredi, un dollar plus fort le rendant moins attractif. Le cuivre a progressé pour une dixième semaine, sa plus longue série depuis 1994, porté par une offre tendue et les investissements chinois dans les réseaux électriques.
Ce que cela signifie. La flambée du pétrole renchérit tout, des billets d'avion au chauffage. Le repli de l'or malgré les tensions montre que la vigueur du dollar l'emporte, pour l'instant, sur la demande de valeur refuge. La progression du cuivre est plus structurelle : le monde construit plus d'infrastructures électriques qu'il n'a de cuivre disponible à bas coût.
La semaine à venir. Les marchés américains sont fermés lundi pour la fête du Travail, ce qui comprime la semaine à quatre jours, concentrés sur les données qui orienteront la Fed : l'indice des prix à la production jeudi, puis l'indice des prix à la consommation vendredi, dernière lecture avant la réunion de la Fed du 16 septembre.
Ce que cela signifie. Les investisseurs surveilleront un écart possible : un chiffre global tiré par l'énergie serait jugé temporaire, tandis qu'une hausse de l'inflation sous-jacente, hors alimentation et énergie, serait prise bien plus au sérieux. La Fed est entrée dans sa période de silence, si bien qu'aucun responsable ne pourra éclairer les marchés, qui devront trader sur les seuls chiffres.