À première vue, Wall Street clôt une bonne semaine. L’indice S&P 500, qui regroupe les plus grandes entreprises américaines, a progressé d’environ 1 % et frôle un nouveau record. Mais cette performance a été largement portée par les géants de la technologie, comme Apple et Microsoft, dont le poids domine l’indice. Au-delà de ces grands noms, une autre histoire apparaît.

L’indice Russell 2000, qui suit 2 000 entreprises américaines de plus petite taille, a reculé de 0,91 %. Mercredi, il se situait 9 % sous son record, atteint à peine deux mois plus tôt, tout près du seuil des 10 % qui définit une correction.

La cause ? Un chiffre qui commence à inquiéter les emprunteurs : le rendement des obligations d’État américaines à dix ans a dépassé 5,35 %, un niveau inédit depuis 2002. Cette hausse se répercute dans toute l’économie et renchérit le crédit pour les entreprises comme pour les ménages. Un géant de la tech assis sur des milliards de liquidités en ressent bien moins les effets qu’une société plus modeste, qui dépend de l’emprunt pour financer ses activités. Le contraste entre les géants qui battent des records et les plus petits qui peinent à suivre résume la semaine.

Actions. Jeudi, on a appris que les revenus annualisés d’OpenAI approcheraient 50 milliards de dollars, soit environ 20 milliards de moins que le chiffre de près de 70 milliards qui circulait une semaine plus tôt. Malgré cette nouvelle, le Nasdaq, la cote des valeurs technologiques, termine la semaine en hausse de 0,64 %.

Ce qui se joue. La hausse des taux frappe les petites sociétés par plusieurs canaux. Selon certaines estimations, près d’un tiers des emprunts contractés par les sociétés du Russell 2000 sont à taux variable : leur coût augmente dès que les intérêts montent. Environ 40 % des entreprises de l’indice doivent continuellement lever des fonds, qui leur coûtent de plus en plus cher. Elles dépendent aussi davantage de l’économie américaine, où les ménages font face à un crédit immobilier qui avoisine 7,5 % et à un carburant onéreux. Comme si ces difficultés ne suffisaient pas, les investisseurs tendent à négliger les actifs risqués comme les actions lorsque les rendements des obligations d’État, considérées comme plus sûres, dépassent le seuil de 5 %.

Taux et crédit. Le rendement à trente ans du Trésor américain a atteint 5,70 %. Le taux moyen d’un crédit immobilier à trente ans aux États-Unis est passé de 7,30 % à 7,49 % en une semaine. Publié mercredi, le compte rendu de la réunion de septembre de la Fed a révélé que la plupart de ses responsables jugent une nouvelle hausse des taux possible d’ici à la fin de l’année.

Ce qui se joue. Les rendements à long terme montent quand les prêteurs exigent d’être mieux payés face aux incertitudes qui s’accumulent : l’inflation entretenue par le pétrole, l’endettement massif des États, et celui des géants de la tech pour construire les infrastructures de l’IA. Pour les petites capitalisations, ces rendements fixent le prix de chaque prêt à renouveler.

Devises. L’euro est tombé lundi à 1,1161 dollar, son plus bas niveau depuis 17 mois, plombé par les inquiétudes autour de la dette française.

Ce qui se joue. Une monnaie reflète la confiance autant que les taux. En principe, une inflation plus forte soutient l’euro, car elle rend plus probable une hausse des taux de la Banque centrale européenne. Mais les doutes qui planent sur les finances publiques françaises l’emportent.

Matières premières. Le Brent est resté au-dessus de 100 dollars le baril presque toute la semaine, avant de céder vendredi lorsque Donald Trump a affirmé que les États-Unis n’attaqueraient pas l’Iran avant les élections de mi-mandat. L’or a gagné 1,2 %, autour de 4 220 dollars l’once, et le cuivre 1,9 %.

Ce qui se joue. Le pétrole cher alourdit encore la facture des plus petites. Carburant et transport coûtent davantage, et elles ont moins de poids que les grands groupes pour répercuter ces hausses sur leurs clients.

La semaine à venir. Mardi, les grandes banques américaines ouvrent la saison des résultats du troisième trimestre. Elles diront si les petites sociétés commencent à peiner à rembourser leurs prêts.

Mercredi, nous saurons si l’inflation de septembre reste trop élevée aux yeux de la Réserve fédérale américaine. Si c’est le cas, une nouvelle hausse des taux deviendrait plus probable, et la pression sur les petites capitalisations s’accentuerait.

Rendez-vous lundi prochain pour la suite.