Pendant quatre jours, la tension n’a cessé de monter sur le marché obligataire. Jeudi, le rendement du Trésor américain à dix ans a atteint 5,34 %, un niveau qui n’avait plus été vu depuis 2002. C’est le taux auquel Washington emprunte pour une décennie.

Puis, vendredi, est tombé un chiffre en théorie inquiétant : l’économie américaine n’a créé que 29 000 emplois en septembre. Les marchés l’ont pourtant accueilli avec optimisme. Ce qui est une mauvaise nouvelle pour les salariés et les actionnaires devient favorable aux investisseurs obligataires.

Actions. Le S&P 500 a terminé la semaine sans grande variation. Le Dow Jones a reculé, tandis que le Nasdaq, la cote des valeurs technologiques, a légèrement progressé. Micron, le fabricant de puces mémoire pour l’intelligence artificielle (IA), a publié un chiffre d’affaires trimestriel près de cinq fois supérieur à celui de l’an dernier. En Europe, le STOXX 600, tombé jeudi à son plus bas depuis trois mois, termine la semaine en repli. Au Japon, le Nikkei a gagné environ 4 %, porté par les fabricants de puces, tandis qu’à Hong Kong, le Hang Seng cédait près de 2 %.

Ce qui se joue. Deux forces sont à l’œuvre. D’un côté, la hausse des taux a pesé sur la plupart des actions, car elle réduit la valeur actuelle des bénéfices futurs, sur lesquels les analystes fondent leurs valorisations. De l’autre, l’IA continue de porter les valeurs technologiques. Micron a montré que la vague d’investissements se traduit bien par des revenus réels, d’où la hausse des valeurs de semi-conducteurs, alors que le reste du marché stagnait.

Taux et crédit. Sur les emprunts à très long terme, le rendement du Trésor américain à trente ans a atteint 5,68 %, car l’endettement public massif et la fermeture persistante du détroit d’Ormuz entretiennent les craintes d’inflation. En Europe, le rendement du Bund allemand à dix ans est monté à 3,63 %, et l’écart entre les taux français et allemands a dépassé 1,30 point, au moment où Paris présentait un budget prévoyant 54 milliards d’euros d’économies.

Mercredi, la mesure d’inflation préférée de la Fed, l’indice des prix des dépenses de consommation (PCE), a montré une hausse sous-jacente des prix de 3,0 % sur un an, contre 3,3 % attendus. L’inflation ralentit donc plus vite que prévu. Puis le rapport sur l’emploi de vendredi a réduit la probabilité d’une nouvelle hausse des taux de la Fed en octobre, ramenant le rendement à dix ans vers 5,28 %.

Ce qui se joue. Les rendements à long terme montent lorsque les prêteurs exigent d’être mieux rémunérés, parce qu’ils anticipent davantage d’inflation ou de dette publique, voire les deux. À l’inverse, un marché de l’emploi qui ralentit rend moins probable un nouveau tour de vis de la Réserve fédérale.

Devises. Le dollar s’est apprécié face à la plupart des grandes devises. L’euro a cédé 1,05 %, autour de 1,125 dollar, en raison des inquiétudes budgétaires françaises. Le franc suisse, lui, est resté une valeur refuge.

Ce qui se joue. Une monnaie est en partie un vote de confiance dans les finances publiques. Les doutes sur la France pèsent sur l’euro tout entier, tandis que la faible dette et la stabilité politique de la Suisse font du franc un abri en période de turbulences.

Matières premières. Le Brent est repassé vendredi sous les 100 dollars le baril, et le brut américain vers 89 dollars, alors même que le détroit d’Ormuz reste fermé. L’or a perdu 3,4 % sur la semaine, autour de 4 140 dollars l’once, et le cuivre a reculé de près de 3 % sur des signes d’essoufflement de l’industrie chinoise.

La semaine à venir. Le compte rendu de la réunion de septembre de la Fed sera publié mercredi. Lors de cette réunion, elle a relevé ses taux pour la première fois depuis plus de trois ans. Ce compte rendu permettra de mieux cerner la trajectoire des taux à venir.

Rendez-vous lundi prochain pour la suite.