Les actions ont progressé la semaine dernière, portées par le nouvel agent d’intelligence artificielle (IA) de Meta, devenu viral en quelques jours. Les obligations, d’ordinaire la zone la plus calme des marchés, ont en revanche vacillé : les coûts d’emprunt de l’État américain ont grimpé à des niveaux inédits depuis 2007. Les deux classes d’actifs avaient pourtant sous les yeux les mêmes faits : une banque centrale américaine qui relève son taux directeur, un pétrole au-dessus de 100 USD le baril et une inflation qui ne désarme pas. Pourquoi un tel paradoxe ? Décryptage.

Actions. Le S&P 500 a gagné 0,63% et le Nasdaq, qui réunit les grandes valeurs technologiques, 1,21%. Meta s’est envolé d’environ 10% après le lancement de Muse, capable d’accomplir des tâches à la place de ses utilisateurs. En Europe, le STOXX 600 a progressé d’environ 0,5%, l’Allemagne et la France faisant du surplace. Au Japon, le Nikkei a gagné 2,1%, porté par les fabricants de puces, tandis que le Hang Seng de Hong Kong cédait près de 1%.

Ce que cela signifie. Ces performances ne traduisent pas une économie plus solide. Les investisseurs en actions lisent la semaine à travers un seul prisme, celui de l’IA, qu’ils situent au moment le plus rentable de son cycle. Cette conviction suffit à mettre les géants technologiques, assis sur d’importantes liquidités, à l’abri de la hausse des coûts d’emprunt. Les petites entreprises et les marchés émergents ne disposent pas de ce coussin : ils dépendent du crédit et ressentent chaque hausse de son coût.

Taux et crédit. Sur le marché obligataire, la semaine s’est lue tout autrement. Le rendement du Trésor américain à dix ans, qui sert de référence aux crédits immobiliers et aux prêts aux entreprises, a franchi 5,2%, un sommet depuis 2007, et celui à trente ans a grimpé plus vite encore. En Europe, le Bund allemand à dix ans s’est détendu à 3,59% et l’OAT française à 4,67%, mais l’écart entre les deux a dépassé 1,10 point, du jamais vu depuis 2012, sur fond de dette française et de présidentielle 2027. Les primes de risque des entreprises, ce qu’elles paient en plus des États pour emprunter, n’ont en revanche presque pas bougé.

Ce que cela signifie. La hausse des rendements du Trésor américain signifie que ceux qui prêtent à l’État américain exigent désormais d’être mieux rémunérés, parce qu’ils anticipent davantage d’inflation, davantage de dette publique, ou les deux. Le calme des primes de risque est le détail révélateur : le marché obligataire redoute l’inflation et la dette publique, non la faillite des entreprises, ce qui explique que les actions aient pu poursuivre leur hausse. Reste à savoir combien de temps elles tiendront. C’est désormais le grand débat à Wall Street. La hausse des rendements pèse sur les actions de deux manières : elle renchérit le crédit dans toute l’économie, et elle fait des obligations une concurrente sérieuse. Quand le Trésor américain offre plus de 5% sans risque, pourquoi s’exposer aux aléas de la Bourse pour un gain comparable ?

Devises. Le dollar s’est apprécié face à presque toutes les grandes devises, les investisseurs pariant qu’une inflation tenace pousse la Réserve fédérale, qui a relevé ses taux le 16 septembre pour la première fois depuis près de trois ans, à resserrer encore sa politique. L’euro a cédé 0,93%, la livre 1,27%, et même le franc suisse, valeur refuge par excellence, a perdu 0,85%.

Ce que cela signifie. Des taux américains plus élevés attirent les capitaux vers les actifs en dollars, d’où la fermeté du billet vert dès que la Fed se montre plus encline à relever ses taux.

Matières premières. Le pétrole s’est détendu en fin de semaine après une flambée liée aux tensions au Moyen-Orient, l’espoir d’une ouverture entre Washington et Téhéran autour du détroit d’Ormuz, par où transite un cinquième du pétrole mondial, ayant rassuré les marchés. Le Brent a terminé vers 102,75 USD le baril, le brut américain vers 92,89 USD. L’or a reculé de 1,6%, autour de 4 342 USD l’once, tandis que le cuivre frôlait un record, vers 6,95 USD la livre, en hausse de 22% en six mois.

Ce que cela signifie. Pétrole et or ont répondu au même risque géopolitique, mais en sens contraire. Le pétrole a grimpé par crainte de pénurie, puis reculé à mesure que cette crainte s’estompait. L’or, lui, a perdu de son éclat face à des obligations qui offrent désormais un rendement attrayant, quand le métal jaune ne rapporte rien.

La semaine à venir. De nouvelles statistiques américaines diront qui, des actions ou des obligations, a vu juste. Mercredi sera publié l’indice des prix des dépenses de consommation (PCE), la mesure d’inflation préférée de la Fed. Vendredi, le rapport sur l’emploi montrera si l’économie ralentit assez pour calmer l’inflation sans faire flamber le chômage.

Ce que cela signifie. La vraie question est simple : l’économie américaine peut-elle croître sans que l’inflation, et donc les taux, restent trop élevés ? Des chiffres vigoureux donneraient raison au marché obligataire ; des chiffres plus modérés conforteraient les actionnaires.

Rendez-vous lundi prochain : les chiffres auront parlé.